| De nos jours, l’Onction
est soit reliée au domaine liturgique :
— Application d’une
huile sainte sur une personne, pour la consacrer à Dieu, lui
conférer la grâce de lutter contre
le mal et la maladie,
soit reliée au domaine
médical :
— Friction douce de
la peau avec une pommade contenant un principe actif,
ou encore réservée
au domaine relationnel :
— Douceur particulière
dans les gestes et la manière de parler.
Au cœur même du
sens du mot Onction,
tel qu’il est entendu aujourd’hui, nous trouvons une division
entre le corps, l’âme et l’esprit.
Ainsi, lorsque l’on parle d’Onction,
les gens relient facilement ce mot à sa connotation ecclésiastique,
avec ce que cela peut sous-entendre de désuet et de charge véhiculée
par l’inconscient collectif, relative à une mystique désincarnée
et souffreteuse. Par ailleurs, le terme reste purement médical.
Il y a dissociation du sens entre l’action physicochimique de
l’Onction
et son action sur la sphère émotionnelle et spirituelle.
L’église s’appropriant
le sacré, la médecine s’approprie du corps ; les
soins donnés à l’homme étant le reflet de
la conscience des peuples de son rapport au Divin, il n’y a pas
toujours eu cette dissociation entre action chimique et guérison
spirituelle .
L’emploi des huiles et des huiles
parfumées a toujours été très répandu
; présentes dans toutes les traditions, elle relient l’être
à sa dimension sacrée.
Ainsi, depuis l’antiquité,
les thérapeutes, souvent médecins et prêtres, soignaient
à la fois corps et esprits. L’être humain était
considéré comme un tout en harmonie entre terre et ciel.
Les médecines antiques reliaient
science et transcendance.
Les Egyptiens pratiquaient l’art
sacré de l’Onction
; de nombreux textes et gravures en témoignent. Sous le règne
du pharaon Akhenaton (-1377,-1360), l’Onction
a déployé tout son rayonnement, nourrie du culte au Dieu
solaire unique, Aton.
Akhenaton, amoureux fou de son Père
le Soleil, enseignait l’amour infini et non jugeant du Grand Soleil
pour ses enfants de la terre. Dieu devient une unique source de Lumière
rayonnante, disponible pour toutes et tous. Aton, Dieu solaire dispense
son amour et sa paix sur le monde et les humains.
Nous trouvons là les prémisses
d’un autre enseignement où la notion d’Amour, rayonnant
d’une Source infinie, non élitiste et non jugeante, est
très nouvelle pour la conscience des hommes. Sous Akhenaton,
l’humanité, encore immature, n’était pas prête
pour la participation active à cet Amour-là.
Il faudra attendre la naissance de Jésus
pour que la possibilité d’une relation active avec la Divinité
voie le jour ; l’Humain partenaire du Divin.
L’Onction
prend tout son sens, lié à l’art thérapeutique
de Jésus-Christ, de Marie-Madeleine et des premiers chrétiens.
Jésus-Christ, du grec Christos,
veut dire "Celui qui est Oint".
Jésus, celui qui est Oint, inaugure
son sacerdoce par la lecture de la prophétie d’Isaïe
: "L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a
consacré par l’Onction,
pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé
pour annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour
à la vue …" (Luc 4,18,19)
On ne peut séparer l’Oint
de l’Onction.
L’Onction
est un acte thérapeutique Christique.
En ce sens qu’elle est un véhicule
relationnel entre le Souffle du Tout Amour et les êtres blessés
de leur blessure originelle, l’illusion de la séparation.
L’Onction
est un acte solaire et réunificateur, qui réinforme nos
cellules de leur entièreté vivante et rayonnante. Jésus
l’Oint ne nous a-t-il pas dit : "Je suis la Lumière
et la Vie" ?
Jésus, fils de l’homme,
est Oint dans sa filiation de fils de Dieu.
Il a ouvert et montré le chemin
du Retour … Homme qui, assumant totalement sa condition humaine,
devient capable de s’ouvrir à sa dimension divine et lumineuse.
Sanctification de la matière et de la vie …
Il est descendu dans les ténèbres
de la trahison des hommes et de l’abandon de Dieu, descente aux
enfers, nécessaire pour que la naissance à la Lumière
se produise, disponible pour tous.
C’est le sens de tout chemin thérapeutique,
tout ce qui n’est pas vu et accepté ne peut être
transformé. Ainsi, au carrefour de sa propre croix, le cœur
de l’homme crie sa blessure originelle : "Pourquoi m’as-Tu
abandonné ?".
Dans le tombeau, l’Ombre est épousée,
et est devenue clarté, la pierre peut rouler …
C’est la résurrection de
la chair dans sa dimension divine.
Le Christ a assumé toutes les
énergies de l’homme, pont entre créé et incréé,
il est l’Homme accompli, le nouvel Adam, l’Esprit peut descendre
…
Le fils de l’homme est "Oint", sacralisé, couronné.
De la santé à la Sainteté, voilà
où nous mènent la reconnaissance, l’acceptation
et la transformation de notre blessure originelle. Marie-Madeleine,
la première, a reconnu en Lui sa dimension de Christ Oint, par
ses onctions de parfums rares, d’un geste sensuel, tendre et charnel,
elle signifie l’incarnation de l’Homme-Christ, et par là-même
l’action à la fois physique, relationnelle et spirituelle
de l’Onction.
Ses gestes venus d’un cœur débordant d’Amour
font de l’Onction
la clé d’un relationnel guérissant.
Le don d’Amour de Marie-Madeleine,
sacralisant la relation de couple, mène le couple ordinaire et
périssable, sur la voie transpersonnelle de l’extraordinaire
non mortel.
L'Oint est pont entre deux rives ; immortel,
il est l’essence de la réunification.
Marie-Madeleine, premier témoin
du christianisme naissant, a vu le ressuscité par les yeux de
son cœur de femme en Amour. Elle a eu foi en l’Amour.
Il est merveilleux de constater que nous
retrouvons exactement le même sens donné à l’Onction,
1300 ans plus tôt en Egypte. Geste Solaire et réunificateur
illustré admirablement sur le dossier du célèbre
trône de Toutankhamon.
Le jour où l’Oint a pris
corps, l’Onction
a pris corps ; le jour où l’Oint s’est accompli dans
son corps, l’Onction
a pu se transmettre à tous et par tous.
L’Onction
porte en elle le double sceau de l’Homme-Christ et de la Femme-Christ aux cœurs solaires rayonnants et unis. L’Onction
porte en elle l’équilibre dynamique et relationnel de ce
double sceau ; signe de santé sanctifiée.
L’Onction
des malades est un sacrement que Jésus-Christ a lui-même
institué ; l’Onction
d’huile est liée au don de la grâce ; elle est le
signe de la Nouvelle Alliance, pont entre notre filiation humaine et
divine.
L’accueil du Christ guérissant
est le fruit d’un acte de foi, foi en la Vie, foi en l’Amour
…
C’est la négation de la
passivité face à la souffrance et à la maladie
; acte de foi actif : "Ta foi t’a
sauvée ; va en paix, et sois guérie de ton mal."
(Mc 5,34)
Ce qui apparaît essentiel dans
les guérisons opérées par Jésus-Christ,
c’est l’approche globale de la personne dans son unité,
corps, âme et esprit, ainsi que dans sa filiation humaine et divine.
Marie-Madeleine et les premiers Chrétiens,
hommes et femmes, pratiquaient l’Onction
dans le même esprit thérapeutique que celui enseigné
par Jésus ; toute guérison passant nécessairement
par la reconnaissance, l’apaisement des blessures de l’âme,
et la réunification de nos parties blessées et morcelées
par la souffrance.
L’art de l’Onction,
c’est d’élaborer les préparations huileuses
et de les transmettre par l’imposition des mains et le toucher,
tout à la fois don de l’huile et don d’Amour du thérapeute.
Cet art s’est répandu en
France grâce à Marie-Madeleine, Femme Ointe, entrée
dans sa dimension Christique elle aussi. Diffusant ses préparations
huileuses dans toute la France du premier christianisme, elle a laissé
sa trace dans de nombreux lieux, dont le plus connu est La Sainte Baume.
Les huiles élaborées par
Marie-Madeleine étaient des préparations assez complexes
de plantes infusées et d’essences odorantes ; charnelles,
ses huiles étaient imprégnées de l’essence
même de l’enseignement holistique de Jésus-Christ.
Jusqu’à aujourd’hui,
et trop souvent encore, nous trouvons le domaine médical d’un
côté, et de l’autre celui des prêtres ; corps
et matière d’un côté, l’Esprit de l’autre
… Morcelée, l’Onction
a perdu de sa puissance originelle.
Appropriée par une Eglise dorénavant
réservée aux hommes, les femmes écartées
du sacerdoce et du sacré, l’Onction
s’est coupée de son corps, dissociée ; le flux du
Souffle du Vivant transmis par Jésus s’est coupé
de la vigueur de ses racines.
Il est temps de réunir ce qui
a été divisé …
La maladie du monde étant division
et séparation, je souhaite rendre à l’Onction
son essence qui est REUNIFICATION.
Est prêtre et thérapeute
tout homme et femme entrant dans sa dimension accomplie d’Humain-Christ ; à l’image de cet état d’être
Sacré et Sanctifié, l’Onction
transmet à nouveau la promesse de notre accomplissement.
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